PAROLES D’AGRI’ : PLUS QU’UN METIER UNE VOCATION

 

Vous les croisez quotidiennement sur nos petites routes de campagnes, nos enfants vont ensemble à l’école, ils vivent au rythme des saisons … Mais les agriculteurs ont rarement la parole. Suites aux journées portes ouvertes qui ont eu lieu en juin dernier, nous avons décidé de la leur donner pour mieux comprendre leur rôle dans notre quotidien ! Rencontre avec Tony Ferment (T.F) et Franck Grémont (F.G), « Agri’ » à Petit-Caux.

Bonjour, comment définiriez-vous votre activité ? Pouvez-vous nous la décrire ?

T.F : Être agriculteur aujourd’hui c’est une chance, c’est pouvoir faire vivre et animer un territoire en occupant l’espace par des cultures et de l’élevage.

  1. G : La définition de mon métier est de nourrir l’Homme avec un support qui s’appelle Dame Nature.
    Autrefois, il y a quelques décennies, il y avait un grand nombre d’agriculteurs dans toutes nos campagnes pour produire les denrées alimentaires pour sa famille, ses animaux et ses voisins. Aujourd’hui, la vocation reste la même hormis un facteur important : le nombre d’exploitants diminue au fur et à mesure des générations, face à un nombre exponentiel de bouches à nourrir.
    Et malgré de nombreuses polémiques, aujourd’hui notre activité a pour but de produire des denrées saines, loyales et marchandes tout en préservant notre nature, nos sols, nos animaux et aussi ce que l’on oublie souvent : les hommes et les femmes qui sont aux manettes.
    Nous devons gérer nos exploitations avec toutes les contraintes fiscales, administratives, environnementales, etc… et également avec des marchés mondiaux et des demandes de de la société en constante évolution, sans pour autant oublier la gestion du vivant.
    Par vivant je pense à nos plantes et nos animaux qui réagissent différemment selon les saisons, les années, le climat et qui de ce fait nous demandent tous les jours une remise en question pour obtenir un résultat. Mais ce n’est pas toujours évident.
    Nous sommes au quotidien en formation, en réflexion pour mener à bien cette tâche. C’est le plus beau des métiers à condition de ne pas s’endormir sur ses lauriers.

Comment est perçu votre métier par les autres, selon vous ?

T.F : Nous avons un très bon climat et de très bonnes terres fertiles à Petit-Caux. C’est une chance pour les habitants et pour notre économie locale.
Souvent je rencontre des vacanciers qui s’arrêtent pour nous poser des questions, tous disent que notre paysage et notre territoire sont magnifiques.

  1. G : Nous vivons aujourd’hui dans un monde plutôt égoïste. On veut tout, tout de suite sans comprendre d’où cela vient et ce qu’il a fallu pour la conception.
    La toile des réseaux sociaux, la communication négative sans aucun fondement ou avec beaucoup de méconnaissance a pour résultat que pour une certaine partie de la population nous ne sommes que tolérés dans nos campagnes. Tout va bien jusqu’à ce que cette limite de tolérance soit dépassée. Mais qui fixe cette limite ? Les médias ne révèlent pas toujours tous les tenants et les aboutissants sur le sujet. Parfois un article trash sort afin d’obtenir de l’audimat ou de promouvoir une personne précise. On s’aperçoit souvent qu’en discutant avec les habitants on se comprend mieux, mais faut-il encore être écouté et compris.
    Nos exploitations sont très souvent ouvertes à échanger et aussi bien-sûr entendre les besoins de chacun.
    Il y a un très grand chemin à faire pour que notre métier soit mieux compris et que l’on arrête de nous assassiner tous les jours par voie de presse ou de radio, en nous faisant passer pour des hommes et des femmes sans cœur qui n’avons que pour vocation de polluer notre planète.
    Sur le sujet du moment, les pesticides, n’oublions pas que nous soignons nos plantes pour qu’elles puissent donner un grain qui donnera un pain par exemple avec des produits de synthèse, au même titre que le fait la population en se soignant lors d’une infection avec antibiotique et anti inflammatoire.
    Nous avons la même vocation de soigner nos plantes et nos animaux avec une réglementation sévère que de soigner nos enfants lorsqu’ils sont malades !
    Notre métier est très difficile à vivre aujourd’hui car en plus des claques prises tous les jours sur notre façon de faire, nous avons un manque cruel de main d’œuvre.
    Et qui souhaite réellement travailler dans une ambiance aussi délétère…

Et vous, comment « vivez-vous » votre quotidien d’agriculteur ?

  1. F : Ce qui m’anime le plus dans mon métier c’est l’élevage, pour moi c’est une vraie passion. Les vaches à la ferme c’est sacré ; ainsi que les concours, la génétique, le plaisir d’élever des animaux.
    Aujourd’hui il faut vraiment le vouloir pour être agriculteur avec les contraintes administratives, les normes environnementales, la négation de notre métier, les vidéos désastreuses sur nos pratiques d’élevage… L’agriculture mérite bien plus que ça ; les gens le reconnaissent, notre métier et en perpétuelle adaptation, il change tous les jours.
    Il faut voir le côté positif des choses et cela je le vois à travers mes animaux. C’est un plaisir de voir les gens s’arrêter pour photographier les vaches et surtout notre beau taureau Jardin.

L’un de vos taureaux (M Ferment) est justement une star à Petit-Caux, pouvez-vous nous raconter son histoire ?

T.F : Ce taureau est arrivé à la ferme à l’âge de 8 mois, nous avons eu le coup de cœur lors d’une vente aux enchères dans une ferme en Mayenne à Evron. Il a tout de suite su  s’imposer dans l’élevage. Il est né le 2 avril 2014 et il a participé au concours au Salon de l’agriculture à Paris où il a terminé second.
Aujourd’hui il continue sa reproduction dans la ferme, et ses descendants sont vendus pour devenir de beaux reproducteurs en France et en Belgique.
Nous travaillons déjà pour trouver un remplaçant à Jardin … ce qui n’est pas chose facile.

Est-ce pour vous une vocation animée par la passion ou un métier d’héritage pour faire perdurer l’activité familiale ? (Ou les deux ?)


  1. G : Cette vocation est vraiment animée par une passion, on ne fait pas cela parce que nos parents ou grands-parents l’ont fait. Faire 80 heures par semaine pour faire plaisir à nos parents, il faudrait être fou…

Il faut vraiment aujourd’hui et encore plus demain avoir une âme de chef d’entreprise avec un objectif précis : nourrir l’Homme tout en préservant notre Terre. Et cela il y a très longtemps que nous l’avons compris.

Qu’aimeriez-vous dire aux habitants qui vivent en milieu rural ?

  1. F : Être éleveur aujourd’hui pour moi, c’est faire de la qualité et pouvoir faire découvrir ma viande et mon élevage chez moi ou au magasin « La ferme de vos envies » à Saint-Martin-en-Campagne. Faire de l’économie locale pour que les gens puissent savoir ce qu’ils mangent et savoir comment on élève nos animaux, c’est génial. Faire vivre son territoire simplement et avec honneur pour que tout le monde puisse se sentir bien, avec respect et convivialité, c’est bien ce qu’on doit à la nature.
  2. G : À nos chers voisins, nouveaux et anciens habitants de nos communes rurales, je dirais : n’oubliez pas l’histoire de nos campagnes. Nous somme encrés depuis des décennies sur ces territoires pour vivre ensemble. Nos entreprises ne peuvent être délocalisées. Si elles partent, elles disparaissent.

Sachez écouter, discutez avec les exploitants avant de vous faire une opinion. Nous sommes aussi à votre écoute c’est ce qui nous fait aussi évoluer mais nous ne pouvons tout changer avec un coup de baguette magique.

On ne travaille pas pour embêter nos voisins ! Notre métier est en voie d’extinction, ouvrez votre « frigidaire » et regardez si l’on disparaissait ce qui resterait à manger pour ce soir…